MAREK ET L’ATELIER DE PRAGUE (1967- v. 1972)

 

Jacqueline Beaudry Dion et Jean-Pierre Dion                                                        16-03-2022

Rudolph Marek, ou Rudolf Marek selon l’écriture tchèque, est né en Tchécoslovaquie vers 1932. Il arrive au Canada avec un visa de touriste pour visiter l’Expo 67, selon la version officielle. En réalité il vient rejoindre son ami et compatriote Josef Pivonka venu ici avec l’équipe du Pavillon Tchèque quelques mois auparavant.

Pivonka est l’artiste en patin à roulettes qui amuse les foules dans le Laterna Magica du pavillon. Il omet de se présenter à l’aéroport à la fin d’Expo 67, au jour du départ des membres de l’équipe Tchèque; le lendemain il demande asile au Canada, qui régularise son statut quelques semaines plus tard.

Les deux louent un espace au 419 de la rue Notre-Dame Est et établissent en fin novembre ou début décembre1967 l’Atelier de Prague. Marek avait une formation de céramiste à Prague où il avait même dirigé une fabrique de céramique réputée avant son arrivée ici. Les deux se lancent dans la fabrication de céramique décorative et de bougies. Ils se disent heureux de pouvoir travailler sur ce qui leur plait, sans oppression et sans intervention de l’État; ils ne comptent pas retourner à Prague même s’ils ne font pas fortune ici (The Gazette, 9 janvier 1968).

Rudolph Marek à l'Atelier de Prague, photo du Montreal Star, 16 août 1969

Dans une entrevue au Montréal Star du 16 août 1969, Marek explique sa philosophie de la production de céramique à un prix accessible à tous. À Prague, le directeur d’un atelier de céramique fait une œuvre originale que ses artisans vont copier, sous une surveillance étroite pour le respect de la qualité. Il entend poursuivre cette pratique à l’Atelier de Prague qui est maintenant installé sur la rue St-Paul Est dans le Vieux-Montréal.

Pour un temps, son atelier accueille de ses anciens artisans, Antonin Burian et Aloi Kruty, récents immigrés à la suite de l’invasion par la Russie de la Tchécoslovaquie qui a amené au Canada bon nombre de leurs compatriotes. L’artiste Jiri Kaiser tient une exposition solo de ses peintures et estampes à cet Atelier (The Montreal Star, 5 juillet 1969). Jan Kubinski y produit aussi des candélabres en fer forgé (The Montreal Star, 8 août 1970).

On fait encore mention de l’Atelier de Prague dans les journaux de 1972. On assiste à ce moment à une discussion des marchands sur ce qui devrait être mis en vente dans le Vieux-Montréal. L’année précédente des vendeurs à temps partiel et sans boutique fixe avaient commencé à écouler des produits des Indes sur des espaces loués de stationnements privés et autres dans le Vieux-Montréal. Le phénomène s’amplifiant, les marchants ayant pignon sur rue s’en plaignent à la ville, plaidant pour des produits locaux de qualité et une image plus québécoise en ce lieu touristique. Marek, dont la boutique l’Atelier de Prague est au 385 St-Paul Est, se dit en accord avec ces revendications des marchands (The Gazette, 24 juillet 1972).

Peu de temps après, on perd toute trace de Marek et de l’Atelier de Prague. La céramiste et sculpteure renommée Eva Lapka, une compatriote de Marek, immigrée ici en 1968, a connu ce dernier et se souvient de lui avoir parlé juste avant qu’il ne retourne à Prague. C’est donc là-bas qu’il faudra chercher des signes de sa production ultérieure de céramique, le cas échéant.

Note. En Tchécoslovaquie, les prénoms Rudolf, Josef ou Adolf s’écrivent avec un f à la fin, mais certains, immigrants ou natifs de l’Amérique du Nord, sans compter les journalistes, adoptent la terminaison ph au lieu du f. C’est le cas notamment d’un autre Rudolph Marek né à Temple, Texas, et décédé en 1945, et de son fils Rudolph Marek jr de Californie. On trouve aussi un Rudolph Marek décédé en Arkansas en 1973, âgé de 62 ans; son père Rudolph Marek est décédé en Illinois en 1963, âgé de 77 ans.